« Le petit pois fait partie du patrimoine culinaire catalan. C’est un authentique joyau, une icône, un trésor. Même s’il ne dure que trois mois, de mars à mai. Mais, tant qu’il est là, c’est le protagoniste absolu : tout le monde l’attend. »

Un mets de roi

Voici l’histoire singulière d’une légumineuse presque méprisée dans la plupart des cuisines méditerranéennes qui est devenue un mets de roi et, avec le temps, l’un des légumes les plus populaires au monde et un élément essentiel de la cuisine catalane, avec des variétés, un caractère et une personnalité propres.

Pendant des siècles, le petit pois n’avait rien d’un caprice royal : il était humble, nourrissant et résistant. On le faisait sécher et on le mangeait sous forme de purée, au goût assez discutable. Jusqu’à ce que, au milieu du XVIIᵉ siècle, récolté et consommé frais, il a ébloui la cour du Roi-Soleil. Séduite par sa douceur, l’aristocratie européenne en a fait un mets raffiné et un objet de convoitise.

Le petit pois, devenu le légume que nous connaissons aujourd’hui, était extrêmement fragile : délicat au potager, de courte durée et facile à gâcher en cuisine. Il a trouvé dans la cuisine catalane la sensibilité idéale pour déployer tout son potentiel.

« Il est très exigeant. Au potager comme en cuisine. Et de cet effort constant pour parvenir à l’excellence dont il a besoin ne peuvent naître que de bonnes choses. »

Fragilité au potager

Nos ancêtres se sont retrouvés face à un produit délicat. Il n’admet pas les excès : ni froid ni chaleur intense, ni terres trop sèches ni trop humides. Il a besoin, en fin de compte, d’un cadre naturel et humain capable de l’accompagner comme il le mérite et de le traiter avec une délicatesse à la hauteur de sa fragilité.

C’est pourquoi le Maresme a toujours été un endroit propice à la culture du petit pois : la proximité de la mer offre des hivers doux, évite les gelées et garantit des étés relativement tempérés. À cela s’ajoutent des sols qui favorisent l’équilibre parfait entre fraîcheur et drainage.

Mais, même dans les meilleures conditions, le petit pois reste un produit fragile. Sa saison est courte, la récolte doit se faire au moment précis où il atteint sa tendreté et sa douceur optimales, et tout retard (dans les champs, lors du transport et sur les marchés) peut lui faire perdre une bonne partie des qualités qui le rendent si apprécié. Son luxe, avant d’être gastronomique, est agricole : il naît de la précision et du soin associés à chaque décision de l’agriculteur.

« On ne peut pas le quitter des yeux. Il faut être attentif et savoir quand dire : "C’est bon ! Hors du feu ! On retire ! On sert !". Décider qu’il est cuit juste ce qu’il faut, que la cuisson est optimale, parfaite. Parce que s’il est trop cuit… »

Exigence en cuisine

Ce changement historique de perspective, passant d’un produit sec et modeste à une denrée fraîche et raffinée, a également modifié la façon de comprendre et de traiter le petit pois du point de vue gastronomique.

Cet aliment de subsistance dans les cuisines les plus modestes est ainsi devenu un ingrédient qui nadmet aucune distraction : pas de cuissons longues qui le dénaturent ni de condiments qui étouffent sa douceur ou de manipulations dégradant sa texture vivante et délicate. Il exige une durée de cuisson précise, un feu modéré et, en définitive, une cuisine capable de l’accompagner sans s’imposer, de mettre en valeur ses qualités sans altérer sa nature.

C’est pourquoi il a trouvé dans la cuisine catalane une alliée de choix : habituée à écouter le produit, à travailler avec des bases subtiles, des cuissons modérées et des associations capables de lui donner de la profondeur sans jamais lui voler la vedette. Le petit pois à la catalane naît de la capacité à intervenir peu, mais comme et quand il le faut exactement.